La voie verte sur de mauvais rails?

Un groupement d’associations a obtenu auprès de la Région le maintien de la ligne ferroviaire Cahors-Capdenac en l’état, dans l’espoir de revoir un jour des trains y circuler. Les opposants donnent là un coup d’arrêt au projet de voie verte.

Depuis plus d’un an, un collectif d’associations regroupant entre autres le Gadel et Quercyrail milite pour la réhabilitation de la ligne ferroviaire Cahors-Capdenac, et contre le projet de voie verte chapeauté par le Département, le Grand Cahors et le Grand Figeac. Suite aux États généraux du rail et de l’intermodalité (Egrim) en décembre dernier, les opposants à la voie verte, parmi lesquels figure l’élue Isabelle Eymes (Cahors l’humain d’abord), revendiquent une petite victoire auprès de l’assemblée régionale d’Occitanie, et de sa présidente Carole Delga. «Notre objectif depuis un an est d’empêcher le déferrement de la voie et d’obtenir un moratoire de la Région. Cet objectif a été atteint», annonce Isabelle Eymes.

Plus de train depuis 1980

Concrètement, la ligne fermée depuis 1980 a été classée par la Région en 3e catégorie des demandes de réouverture aux voyageurs TER, en tant que «ligne non circulée à emprise foncière maîtrisée ». « C’est une vraie satisfaction. Cela met un coup d’arrêt à la voie verte», se réjouit l’élue Cadurcienne. SNCF Réseau garde par conséquent la maîtrise de la voie ferrée, et a la possibilité de la rouvrir à la circulation «dès qu’elle le souhaite et sans gros travaux», précise Isabelle Eymes.

Le groupement souhaite maintenant être partie prenante du comité de suivi départemental du réseau ferroviaire, qui sera bientôt créé. «On espère que la Région débloquera des financements pour les projets les plus cohérents. Le nôtre est d’intérêt général » explique la conseillère municipale. Contrairement aux apparences, «nous ne sommes pas opposants à la voie verte», soutient le collectif. «Nous sommes pour le développement touristique dans la vallée du Lot, mais avec l’afflux de touristes, il faut une alternative de transport crédible», poursuit-il.

De la crédibilité, c’est justement, pour Jean-Marc Vayssouze, ce qui manque au projet d’Isabelle Eymes et les siens. «Cette ligne n’est pas prioritaire à la réouverture pour la Région. Les opposants ont une interprétation toute particulière de ce qui a été dit aux États généraux du rail, et qui n’est pas la réalité», répond le président du Grand Cahors. «Je veux un projet réaliste et à court terme sur cette ligne, pour garder une emprise. Si l’on attend, nous serons responsables de sa disparition. Il faut regarder la réalité en face et faire avance le territoire. La voie verte a un fort pouvoir d’attractivité. Et quel que soit le projet, il faudra faire des travaux», insiste-t-il. Un point de vue partagé par Serge Bladinières, vice-président au Département.

«On n’aura pas de voyageurs demain entre Cahors et Capdenac. La voie ferrée est en mauvais état, il faudrait la refaire pour faire circuler les trains», dit-il, tout en appelant les élus du grand Figeac et du Grand Cahors à se décider sur ce dossier de la voie verte.

Une hésitation pointée du doigt par Isabelle Eymes : «On voit un recul des porteurs du projet. La voie verte se rétrécit à vue d’œil. ça devient cadurco-cadurcien», critique l’élue d’opposition. «J’appelle à la raison. Avec la baisse des dotations, il n’est pas sérieux de mettre 30 millions d’euros dans une voie verte. Avec le train, on passerait d’un financement local à national avec la SNCF», conclut-elle.

Reconversion ou réhabilitation, la ligne entre Cahors et Capdenac fait toujours débat, et continue à végéter.