Les dépôts sauvages sous l’œil de l’Intelligence Artificielle. une expérience
« Il y a des habitants qui s’en foutent carrément »
Il ne se passe pas une semaine sans qu’on lise sur les réseaux sociaux les comportements inappropriés quant aux « ordures ». Du simple dépôt des poubelles à côté des bennes aux dépôts sauvages, les maires n’ont plus qu’à ramasser. Mais si ils le font, les auteurs peuvent avoir l’impression qu’ils ont le droit de « recommencer ».
Dernièrement sur à Reilhaguet
Pour Salviac on peut lire « Quand les déchets ne sont pas mis dans les conteneurs prévus à cet effet, quand – pire – des dépôts sauvages sont fait n’importe où sur la commune, ce sont les employés du service techniques de Salviac qui ramassent les ordures et rattrapent les dégâts… Les Salviacois, eux, payent les erreurs, les égarements et les incivilités. Nous avons la chance d’avoir une déchetterie très proche ! »
Le problème est général. Il y a 3 types de dépôts sauvages : les déchets diffus sur les routes, les trottoirs, dans les fossés ou sur les plages, les déchets déposés au pied des conteneurs ou encore les décharges illégales.
De la Sensibilisation , à l’augmentation des points de collecte, en passant par leur aménagement (végétalisation, matérialisation au sol qui inciteraient les citoyens à ne pas déposer à côté des conteneurs, sans oublier l’équipement des bennes en sonde de télérelève pour alerter sur leur niveau de remplissage, les mairies s’équipent aussi de pièges photographiques, et de vidéo-surveillance.
Mais si les caméras de surveillance, peuvent permettre de retrouver les auteurs de dépôts sauvages il faut appréhender les délinquants – processus qui repose sur une procédure stricte avec pour préalable une plainte Ce n’est pas toujours facile, surtout quand le véhicule est immatriculé à l’étranger.
Face à l’ampleur du problème, les collectivités restent à l’affût de toutes les bonnes idées.
C’est ainsi que la communauté de Carnelle Pays-de-France s’est portée volontaire pour expérimenter, en 2021, une solution permettant de mieux détecter les dépôts sauvages. Celle-ci a été imaginée par la start-up locale Disaitek, conceptrice d’algorithmes aidant à repérer les exoplanètes sur des images spatiales. « Or pour les déchets, le principe est le même, l’intelligence artificielle analyse des images haute définition pixel par pixel pour déterminer des anomalies. » Après un test concluant sur quelques photos aériennes, le Syndicat s’est appuyé sur un contrat d’innovation (dispositif Villani) pour faire l’acquisition d’une solution de détection des dépôts sauvages par analyse de photos satellites.
Photos satellite haute définition
Restait à trouver des images aériennes à un coût soutenable pour les collectivités. Le syndicat a été orienté vers le Dispositif institutionnel national d’approvisionnement mutualisé en imagerie satellitaire (Dinamis) dont les données, collectées par les satellites de la galaxie Pléiades Néo, sont fournies pour un coût très inférieur au prix du marché à toutes les structures publiques qui n’en font pas d’usage commercial. Une convention a été signée avec Dinamis prévoyant le renouvellement de la couverture photo départementale toutes les 3-4 semaines. Mises à disposition du syndicat, les photos sont traitées et communiquées aux acteurs locaux (syndicat, département, EPCI, gendarmes) via une plateforme web dont Val d’Oise Numérique administre les droits d’accès.
Celle-ci affiche sur une carte de petites étiquettes partout où un dépôt sauvage a été identifié. Au total, quelque 200 à 250 dépôts sauvages ou décharges illégales sont observés mensuellement, la plateforme en ayant mis à jour plus de 900 en l’espace de deux ans à l’échelle du département… Un clic droit fournit la parcelle cadastrale concernée, une estimation du volume et d’autres informations comme la proximité d’un cours d’eau susceptible d’être contaminé par des déchets. « La plateforme permet le suivi dans le temps des dépôts et évite qu’un petit dépôt ne se transforme en décharge en favorisant une action rapide », souligne Patrice Robin. Elle permet aussi de repérer les décharges illégales de particuliers peu scrupuleux ou de réseaux organisés, invisibles depuis la voie publique. Elle constitue enfin un outil collaboratif en étant accessible aux intercommunalités, aux mairies, aux gendarmes et aux services d’incendie et de secours.
Ramasser et punir
« Le dépôt repéré il faut ensuite le traiter » relève l’élu qui chiffre à 120 000 euros le montant que sa collectivité est contrainte de mobiliser pour lutter contre les dépôts sauvages. Il s’agit tout d’abord d’enlever les déchets. La communauté de communes s’occupe de dépôts de moins d’une tonne mais doit recourir à des prestataires agrémentés pour tous les déchets toxiques. La plateforme aide sa brigade de l’environnement à repérer les dépôts récents et à prioriser les interventions préventives ou de ramassage des services techniques. Mais il s’agit aussi de punir les auteurs.
Si la solution aide à prioriser les interventions de la collectivité, elle ne remplace pas cependant l’intervention humaine.
Quand au budget à y consacrer ….
- 70 000 euros pour la plateforme
- 50 000 euros pour l’acquisition des photos
- Soit 120 000 euros par an pour le Syndicat Val d’Oise Numérique
Et pour terminer comme nous avons commencé… Dans le Lot …
D’aucuns s’inquiètent avec la mise en place du « pass dechetterie » sur le Lot d’une éventuelle augmentation des dépôts sauvages. Il n’en est rien. Les déchetteries restent gratuites et on peut lire sur le site du Syded;
« En 2025 et comme c’est déjà le cas depuis plusieurs années, la limite est fixée à 2 passages par jour et par foyer. Cela permet de garantir de la disponibilité dans les bennes pour tout le monde. Pour les usagers qui ont des besoins spécifiques et temporaires (travaux, déménagement, vide-maison…), ils peuvent obtenir une dérogation exceptionnelle en s’adressant au Syded ou directement en déchèterie.
« Les quotas (non déterminés à ce jour) seront fixés en 2026 permettront une utilisation normale de la déchèterie par les usagers particuliers avec un nombre de passages conséquent. Dans tous les cas, la limite de passage sera élevée et permettra à chaque foyer d’utiliser normalement le réseau de déchèterie.
Source : .banquedesterritoires.fr– syded